La Garderie du Village inc. devient la première réalisation de ce genre au Québec (L’Appel, 17 décembre 1975)
Tiré de la revue MUNICIPALITÉ 1976, bulletin d’information mensuel publié et distribué par le Service des communications du Ministère des Affaires municipales du Québec, les propos qui suivent sont du maire Pierre Barbeau lors d’une entrevue qu’il leur accordait en décembre 1976.
Un besoin…un marché
« Il y a dans Cap-Rouge, nous a dit son maire, M. Pierre Barbeau, plus de 1 000 enfants d’âge pré-scolaire sur une population de 7 000 âmes, dont l’âge moyen est d’environ 28 ans; en plus, près du quart des femmes ont une occupation ou exercent une profession régulière. Nous avions donc un marché et un besoin. Les citoyens réalisaient bien l’étendue du problème mais n’ont jamais demandé au conseil municipal de prendre l’affaire en main. C’est néanmoins au conseil même que l’idée d’une garderie paramunucipale a germé. »
Rôle de la municipalité
Le maire expliqua à MUNICIPALITÉ 1976 que les citoyens de Cap-Rouge concevaient alors le rôle de sa ville comme étant celui d’un chien de garde et de distributeur de permis. « Nous au conseil, nous avons pensé devoir nous impliquer davantage, en vertu d’une conception extensive de la notion de loisir. D’une part nous fournissons au gens de l’âge d’or des locaux vastes et bien organisés pour leur permettre de continuer à être des gens actifs. Nous manquerions de cœur si nous n’agissions pas ainsi, si nous ne nous impliquions pas socialement à ce niveau-là. Pourquoi donc d’autre part nous abstiendrions-nous de nous impliquer autant lorsqu’il est question des tout jeunes? Ce n’est peut-être pas là une préoccupation municipale de premier ordre comme l’aqueduc et l’égout, mais il faut aussi savoir sortir de ces problèmes terre à terre pour faire en sorte qu’à un certain moment les gens préfèrent vivre à un endroit plutôt qu’à un autre. On ne fait peut-être pas l’unanimité sur ce sujet-là, sur notre désir de faire de Cap-Rouge une ville moderne, voire sophistiquée, possédant ce genre de services communautaires, mais c’est au moins la philosophie du conseil.»
Des idées, le conseil municipal est ensuite passé aux actes. Un peu plus tôt, la ville avait fait l’acquisition pour une somme nominale d’un immense bâtiment situé au 4473 rue St- Félix, qui avait servi jusque là de maison d’accueil ou de centre de redressement, et y avait déjà logé ses bureaux administratifs. La ville avait de l’espace à revendre, des pièces et salles conformes aux normes du Ministère des Affaires sociales, ne manquaient donc pas pour une garderie. Le marché existait, les locaux étaient disponibles, la ville pouvait bien se donner un permis municipal, mais le Code municipal ne lui permettait pas de s’impliquer directement dans le fonctionnement d’une garderie municipale. Que fit-on alors? Le conseil procéda donc à l’incorporation d’une compagnie à but non lucratif, la Garderie du Village inc., et les membres du conseil municipal devinrent les membres du conseil d’administration de la garderie. Aujourd’hui, un des règlements de la garderie veut que pour en être administrateur, il faut aussi être maire ou conseiller municipal.
Le Ministère des Affaires sociales accorda son permis d’exploitation, le Ministère des Consommateurs, Coopératives et Institutions financières délivra les lettres patentes. Le tout avait nécessité six mois de travail et de démarches. Puis vinrent les subventions gouvernementales totalisant 8 000$ qui ont permis d’amortir 70% des coûts d’immobilisation, la municipalité elle-même se chargeant ensuite d’organiser le parc extérieur mis à la disposition de la garderie.
Un début très lent
« Bien qu’on ait démarré dans un très mauvais temps de l’année, a dit le maire Barbeau, c'est-à-dire en janvier, la garderie offrait déjà le service complet à la clientèle : locaux spacieux et bien organisés, personnel soigneusement embauché, etc. Hélas, le premier lundi, la clientèle s’est résumée à deux enfants. Nul besoin d’insister, les deux premiers mois furent fortement déficitaires. En juillet cependant, la garderie atteignait son seuil de rentabilité par la fréquentation de trente enfants qui suffisait à la faire s’autofinancer. Nous avons confiance que l’expérience ne se soldera pas par un déboire financier.»
Une expérience réjouissante
En attendant que se précise l’évaluation de rentabilité de la garderie, le maire de cette municipalité et en même temps président du conseil d’administration de la garderie paramunicipale, M. Barbeau, est d’avis que sur le plan communautaire et humain, cette entreprise constitue une expérience fort valable. À ses yeux, la réussite en vue est peut-être le fruit d’un contexte sociologique un peu particulier et d’un concours de circonstances qui ont réduit le coût des investissements et limité les frais d’entretien; mais ce sont les résultats qui comptent et la perception sociale de l’entreprise est excellente.
En guise de conclusion
Le maire a ajouté : « Même si nous avons mis sur pied une garderie municipale, j’espère qu’il y aura encore dans le milieu des garderies privées, de façon à nous aiguillonner. Ce serait évidemment facile pour la municipalité d’éliminer toute compétition, mais je pense qu’on s’enlèverait en même temps notre meilleur stimulant, la compétition. Par contre, si jamais la garderie municipale devait manquer de clientèle, nous aurions alors la réponse à la question que nous nous étions posée : une garderie municipale est-elle nécessaire? Il ne resterait plus qu’à en fermer les portes. Heureusement, ça ne semble pas être le cas à Cap-Rouge, puisque notre clientèle augmente régulièrement.»
Fin de l’entrevue avec le maire Barbeau
(1973-1978)
La chronologie
1976-1982 Dès septembre 1976 dans des locaux adjacents à ceux de la garderie, était offert un service communautaire additionnel, une section pré-maternelle pour les enfants de 4 et 5 ans. Ce service a cessé d’être assuré en raison des doubles comptabilités et administrations, qu’entraînait cette dépendance au ministère de l’Éducation.
1983 Confiante, la municipalité se retire et c’est l’envol. La garderie a officiellement changé de mains en septembre 1983. Les parents sont en effet devenus majoritaires au nouveau conseil d’administration, formant ainsi un organisme autonome. Au dire de M. Louis Santerre, parent et premier président de cette nouvelle administration : «Le transfert s’est fait sans problème selon les personnes impliquées. Les parents avaient demandé à prendre le contrôle du conseil et la municipalité était prête à laisser aller le bébé.» (Le Soleil, lundi 31 octobre 1983)
1991 C’est la fin de l’ère locataire. Un second souffle, gonflé de volonté et d’énergie, avec un appui financier de l’Office des services de garde à l’enfance, nous a conduits ici, sur la rue de la Rivière. Déménagé le 14 janvier, et depuis, fier d’être propriétaire de ce site exceptionnel.
1998 En décembre, c’est le changement de la dénomination sociale. La Garderie du Village inc. devient alors le Centre de la petite enfance du Village inc., qui faisait suite à une réforme majeure avec l’arrivée de la nouvelle politique familiale du ministère de la Famille et de l’Enfance en 1997. De la création des nouvelles places à contribution réduite et unique à 5$, à l’imposition d’un nouveau programme éducatif normé, s’ajoutait l’obligation de diversifier nos services, en offrant à notre clientèle un volet de garde en milieu familial.
2000 L’implantation de ce nouveau service prit vie dans des espaces locatifs situés sur le boulevard de la Chaudière, dans le secteur de Sainte-Foy.
2006 Réforme de la garde en milieu familial imposée à compter du 1er juin par l’adoption de la loi 124 en décembre 2005. La restructuration mandate 160 bureaux coordonnateurs agréés qui assumeront dorénavant la gestion de ce mode de garde. En juin, c’est donc la fin de notre composante et la fermeture de nos bureaux. On rapatrie tous nos pénates dans notre installation actuelle. On s’installe à qui mieux mieux, mais la logistique avec le manque d’espace s’alourdit de plus en plus. La nécessité d’un agrandissement devient une préoccupation omniprésente.
2008 Ça y est, c’est l’année tant attendue depuis deux ans, nous agrandissons! L’ouverture des soumissions du 16 janvier est concluante et le ministère de la Famille et des Aînés cautionne le projet et notre rêve se réalise en juin 2008.
2016 Le CPE fête ses 40 ans avec modestie et humilité, simplement heureux de constater que la perception sociale du CPE semble toujours « excellente » !